3 habitudes pour combattre les monstres sans stress

Je restai zen lorsque la menace se présenta sous la forme d’un sanglier géant.

L’animal mesurait près de deux mètres au garrot. Malgré sa taille, il nous avait surpris. Ce que nous prenions pour le craquement des branches sous l’effet du feu s’avéra être en réalité le piétinement des feuilles dans le sous-bois. D’un coup, il était apparu au cœur de notre camp. Nous n’avions eu que le temps de nous remettre sur nos pieds. Maintenant, il nous toisait sans un geste.

Du coin de l’œil, j’avisai Jason. La main sur le pommeau de son épée courte, mon compagnon d’aventure cherchait à la tirer de son étui. Avec une lenteur exaspérante pour ne pas affoler l’animal, la lame se découvrait centimètre par centimètre.

Le monstre ne montrait pas le moindre signe d’animosité. Son groin long et filiforme reniflait l’air. La raison de sa venue flairait le fumet de ce lièvre qui grillait au-dessus des flammes de notre feu.

En dehors du bras de Jason et du museau du sanglier, rien ne bougeait.

Quand la lame de mon ami accrocha la lumière du foyer. Le reflet se dirigea droit sur le regard bestial. Ses yeux brillèrent telles deux pépites sous les rayons du soleil, et il chargea.

D’instinct, il repéra l’origine de la menace. Enfonçant ses pieds dans la terre, il se rua sur le guerrier nain-elfe qui avait fini de dégainer son fer, mais n’eut pas l’occasion de s’en servir. D’un violent coup de tête, la bête l’avait envoyé bouler et l’épée tomba inerte. Sa tentative n’avait eu pour seul effet que d’énerver le mastodonte.

Avec soulagement, je constatai que Jason, quoique sonné, se relevait. Il avait évité les redoutables défenses adverses, mais la chance pouvait encore tourner. Déjà, l’animal monstrueux s’apprêtait à lancer un nouvel assaut.

Je devais intervenir.

Malgré le péril que représentait la situation, je me sentais en parfaite maîtrise.

Je me remémorai mon premier combat en présence d’une bête sauvage. Cela remontait à mes premiers temps en tant qu’aventurière. Je fis face à un ours noir qui, grimpé sur ses pattes arrières, mesurait bien moins que ce sanglier géant. Pourtant, je demeurai en pleine catalepsie. La terreur m’avait paralysée.

J’aurais pu faire appel à mes talents magiques. Hélas, les rares sortilèges lus dans mon grimoire à la va-vite plusieurs jours plus tôt m’apparaissaient dans l’affolement, fragmentés et en désordre. Incapable même de balbutier le moindre mot, il s’en était fallu de peu que je ne finisse dans l’estomac du baribal.

À ce moment-là, il se trouva évident que mes préludes au combat demeuraient incomplets, voire nuls.

Cette fois-ci tournerait différemment.

À la suite de cette déconvenue, je n’avais eu de cesse de travailler mes tours. Chaque jour, j’accordais plusieurs dizaines de minutes à l’apprentissage des sorts que j’estimais qui s’avèreraient utiles le lendemain lors de mes aventures. Cette rencontre avec l’ours noir m’avait permis de comprendre que la clef pour rester en vie résidait dans une bonne préparation initiale.

Mes maléfices en tête, je me trouvais parfaitement calme.

Le sanglier géant, tel un taureau, gratta la terre de son pied avant, et il s’élança. Jason encore étourdi se relevait à peine et ne pourrait pas l’éviter.

Je formulai à voix basse mon tour de magie. Il ne fallut pas attendre longtemps pour en voir l’effet. La bête sauvage avançait vers mon compagnon. Plus qu’un mètre. Lorsqu’une pluie d’étincelles se mit à crépiter devant elle. Aussitôt, elle se pétrifia de surprise et de peur. Ses paupières clignotaient à chaque claquement sonore.

Durant quelques secondes qui parurent interminables, la scène se figea. Mon ami savourait cet instant qu’il passait encore parmi les vivants alors qu’un soupir de soulagement sortait de ma bouche.

Quand l’animal, remis de sa stupeur, tourna son regard furieux vers moi. Mon cœur fit alors une embardée dans ma poitrine. Le succès du sauvetage de Jason avait une seconde éclipsé le fait que notre adversaire n’était pas vaincu.

La rage se lisait dans ses yeux injectés de sang. J’imaginai de la fumée sortir de ses naseaux. Mais il n’était pas temps de rêvasser. Mon petit tour de prestidigitation s’il avait évité à Jason de se trouver embroché, n’avait pas fait fuir le sanglier comme je l’avais escompté.

Un imprévu qui ne devait pas perturber mes plans. D’un geste expert, je saisis trois fléchettes accrochées à ma ceinture de composants magiques.

Le souvenir d’un précédent combat face à des nuées de rats enragés me revint en mémoire. Je me tenais en compagnie de Jason dans le sous-sol obscur d’une auberge. Sans le sou pour payer notre chambre, nous avions accepté en échange du gîte et du couvert de débarrasser l’endroit des vermines qui y grouillaient.

L’un comme l’autre, nous trouvions sans expérience. La mission nous avait paru enfantine au premier abord, mais lorsque nous constatâmes la quantité de bestioles qui pullulaient, nous revîmes notre jugement.

Avec son épée, Jason s’était mis à tailler dans la masse. De mon côté, j’essayai d’assommer autant de rongeurs que possible à l’aide de mon bourdon. Mais l’abondance infernale des nuisibles nous submergea vite. Je décidai alors de tenter le tout pour le tout en jetant ma poussière de feu. Ce sortilège, comme son nom l’indiquait, consistait en la dispersion de fines particules de magnésium qui s’enflammaient au moment de l’invocation idoine.

D’une main malhabile, je farfouillai dans les petites poches qui entouraient ma taille. Dans laquelle se trouvait le composant que je cherchais ? Incapable de retrouver l’élément indispensable à mon sort, les rats n’hésitèrent pas. Ils profitèrent de l’arrêt de mes coups de bâton pour s’approcher. Si les premiers se contentèrent de me mordre les mollets, sans grand résultat du fait de mes épaisses bottes de cuir, les suivants se révélèrent plus téméraires : ils grimpèrent sur leurs congénères. À une rapidité folle, ils arrivèrent au niveau de mes genoux et bientôt, de mes épaules. Le raz-de-marée grouillant allait me recouvrir complètement. Face à ce fiasco, je finis par abandonner ma ceinture aux rats, ainsi que la cave, et l’idée de dormir sous un toit pour la nuit…

Heureusement, cette mésaventure m’avait servi de leçon. Désormais, je connaissais sans le moindre doute le positionnement de chacun des constituants de mes tours de magie. Je pouvais saisir celui qu’il me fallait les yeux fermés.

Posséder une bonne organisation représentait un élément indispensable pour qui souhaitait survivre parmi les monstres et autres créatures dangereuses de notre monde. Qu’il s’agisse de la planification de mes sortilèges en amont et du rangement de mes armes et composants à leur place traditionnelle. Mes déboires passés avaient au moins servi à m’inculquer cette notion.

Je tenais mes trois fléchettes en main. Prendre l’habitude de les accrocher toujours au même endroit m’évitait bon nombre de pensées parasites. Comme je connaissais sans la moindre hésitation leur positionnement, je conservais les yeux rivés sur notre adversaire, prête à toute éventualité. Je ne perdais pas de temps à chercher mes accessoires et demeurais concentrée et alerte. Aucun doute que cela m’épargnait un stress inopportun.

Je m’apprêtai à tirer mes petits projectiles à pointe, quand soudain une appréhension figea mon bras. Telle une décharge, elle parcourut tout mon corps pour venir éclater dans mon esprit. Comment devais-je les lancer ? Ces ridicules armes de jet suffiraient-elles à blesser ou simplement ébranler l’immense bestiole en face de moi ? Fallait-il viser une partie particulière de l’animal ?

Mon cerveau entrait en ébullition. Une foule de questions l’assiégeait et mettait à mal mon assurance. Le sang-froid qui m’habitait au début de l’altercation s’effilochait maintenant. Je sentais mon intestin s’emmêler tandis que ma main commençait à trembler.

Je ne pouvais pas me permettre cet instant de flottement. Le sanglier se tenait, immense, à moins de trois mètres de moi. Par je ne sais quel miracle, il demeurait toujours immobile, bien qu’énervé.

Avec difficulté, je déglutis. Un orque aux plus atroces manières n’aurait pas avalé sa salive avec plus d’ostentation.

Angoissée d’imaginer le résultat, je finis tout de même par tirer, mais avec tant de retenue que mes pires craintes se réalisèrent. La première fléchette alla se perdre dans le pelage dense du monstre, la seconde rebondit sur son épais épiderme et la dernière n’atteignit jamais sa cible…

La gueule de l’animal parut s’étirer, comme sur un sourire, et il émit un souffle que je ressentis méprisant.

Mon estomac se noua. Le flegme que j’affichais jusque-là se fissurerait de plus en plus, aussi sûrement que l’œuf d’un ptéranodon en fin de période d’incubation.

Moins sereine, je glissai à toute vitesse mes doigts dans la pochette où je stockais les particules de magnésium. Car, même si mes pensées filaient à une vitesse insoutenable, le rangement de mes composants à une place bien précise se trouvait inscrit dans mes membres. Comme un archer expérimenté qui ne dépose plus son carquois et se contente, sans réfléchir, d’attraper l’une après l’autre les flèches qu’il porte sur son dos. Il me suffisait ainsi d’imaginer un sort et mes doigts se dirigeaient de manière automatique vers l’ingrédient nécessaire.

Quand le sanglier se décida à attaquer !

Concentrée sur les paroles de la formule à prononcer, je n’eus pas la présence d’esprit de m’écarter lorsque la bête se trouva sur moi. Par chance, Jason, d’un plongeon, me sortit de la trajectoire meurtrière. Nous atterrîmes hors de portée des défenses, mais le sursis ne se révélait que temporaire. Déjà, notre ennemi affamé revenait à la charge.

Aïe ! L’histoire semblait mal embarquée. D’autant que la poussière de feu, qui aurait pu nous être salutaire, se retrouvait maintenant répandue dans l’herbe.

Loin de se montrer vaincu, mon courageux compagnon se remit sur ses pieds. Il tenait à deux mains, droit devant lui, son épée tout juste ramassée.

« Allez, je t’attends mon cochon ! Je vais t’embrocher comme un vulgaire marcassin et je te ferai rôtir avec des petits pois ! »

Si le monstre comprit ses propos, il n’apprécia visiblement pas. Enragé, il galopa vers Jason sans prêter attention au cure-dent qui le menaçait.

Jason leva son arme par-dessus sa tête. Quelques secondes avant l’impact, il l’abaissa tout en sautant de côté. Le porc sauvage émit un grognement de douleur. La lame lui avait entaillé la joue juste au-dessous de l’œil.

Notre adversaire se trouvant focalisé sur mon ami moitié nain, moitié elfe, je parvins à me ressaisir. Je profitai de la distraction pour jeter un trait de feu sur lui. La ligne enflammée partit sans détour, droit sur sa cible. Malheureusement, l’animal se remit en mouvement et mon attaque magique fila dans les fourrés derrière lui. Qu’à cela ne tienne ! Je réitérai mon offensive. À nouveau, il l’esquiva alors même qu’il ne s’occupait pas de moi. Je renouvelai une troisième fois l’opération, puis une quatrième qui échouèrent encore. Mes assauts mitraillaient la zone, mais sans jamais toucher leur but. Bientôt, épuisée par cette dépense d’énergie inutile, je cessai.

Jason paraissait dans un état aussi pitoyable que moi. Essoufflé, il peinait à opposer son épée aux offensives de boutoir du sanglier géant. La violence de ceux-ci le privait en plus de la possibilité de riposter.

D’un coup d’œil mental, je fis l’inventaire des composants magiques encore disponibles dans ma ceinture. Une minuscule clochette et un filament en argent pour installer une alarme (si seulement je m’en étais servi, nous aurions été avertis de l’intrusion de l’énorme créature et aurions pu nous y préparer), un bout de cuir tanné pour envelopper d’une force protectrice n’importe quelle créature, pourvu que je puisse la toucher, un peu de suie et de sel, une pincée de limaille de fer, des bandelettes de papier… Parmi eux, aucun qui m’octroie un avantage décisif dans ce combat. À ce train-là, nous nous dirigions droit dans le mur. Je ne voyais plus qu’une solution.

« Laisse tomber le lièvre et cours ! » hurlai-je en filant en direction du sous-bois.

Déconcentré par mon intervention, le sanglier géant releva la tête, ce qui permit à Jason de s’enfuir à ma suite.

Nous n’eûmes pas à galoper bien longtemps. Le mastodonte, trop content de sa conquête d’un gibier bien doré, ne prit même pas la peine de nous poursuivre.

Tandis que mon ventre se plaignait du mauvais traitement infligé, je m’assis sur une souche d’arbre et analysai la situation.

J’étais pourtant préparé ! Mon organisation s’avérait certes perfectible, mais néanmoins solide. Chaque jour, je planifiais mes sortilèges. Je les revoyais la veille pour éviter les pertes de temps superflues. Je les connaissais sur le bout des doigts et je savais d’avance ceux que je pouvais lancer.

Ensuite, du point de vue du rangement, tout me semblait irréprochable : chaque élément se trouvait à sa place, et tous se révélaient utiles pour l’un ou l’autre de mes enchantements. Les composants dont je n’avais pas l’usage étaient vendus, et ceux qui pourraient servir à l’occasion, disposés avec soin dans mon sac de voyage.

Pourtant, malgré une préparation acceptable et un agencement de mes ressources matérielles propice à un affrontement, je me retrouvais à nouveau en déroute totale.

Après plusieurs minutes de réflexion, je mis le doigt sur ce qui péchait : le manque d’expérience. Malgré les compétences et talents acquis en magie, je me voyais incapable de lancer correctement une fléchette ou un trait enflammé sur un ennemi. Si je n’avais eu aucun mal à planter mon arme de jet dans un épouvantail en tissu, la présence d’une bête sauvage à la peau aussi dure et épaisse que celle des cuirasses changeait la donne. De la même manière, le mannequin reçut de plein fouet ma ligne de feu, et s’embrasa comme du papier. Son immobilité s’était avérée d’une aide flagrante.

Hélas, ces heures d’entraînement ne reflétaient pas la réalité. Si je désirais m’améliorer et ne plus perdre mes moyens au pire moment, mon système allait devoir subir encore une longue période de rodage.

Déterminée, je me relevai d’un bond. Les poings serrés, les yeux fixés au loin sur un point imaginaire, je me promis de travailler d’arrache-pied sur cette nouvelle habitude. J’avais la conviction profonde qu’avec une bonne planification, une méthode de rangement cadrée et de l’expérience, je parviendrai à rester zen au quotidien, car maîtresse de chaque situation inédite.

Jason qui reprenait son souffle m’observait, perplexe.

Cet article participe à l’événement “3 habitudes indispensables pour être zen au quotidien” du blog Habitudes Zen. Pour d’autres habitudes, vous pouvez lire cet article…

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