Quel livre a changé votre vie ?

Le blog Des livres pour changer de vie invite des aventuriers, mages, maîtres de donjons… à dire quel est l’ouvrage qui a eu un réel impact sur leur existence. Voici trois témoignages de cette expérience intime et singulière qu’est la lecture d’une œuvre inspirante.

Jaaranisson (Jason) Tête d’enclume, guerrier elfe-nain : Harry Potter à l’école des sorciers, par J. K. Rowling

« Qu’est-ce qu’il disait déjà ce livre ? »

De justesse, j’évite la hache adverse. En riposte, je tape du plat de l’épée. Le crâne du squelette face à moi fait un tour complet sur lui-même. Avec un craquement douloureux, il se remet en place. Sans répit, mon ennemi lève son arme et s’apprête à frapper à nouveau…

Là d’où j’viens, les livres ne sont pas légion ; c’est plutôt un truc d’ensorceleur pour pouvoir te retourner le cerveau avec de belles paroles ! À la forge, mon père il s’en sert pour allumer le four, mais ils ne font pas long feu.

Du coup, quand mon amie Séraphine m’en a offert un, j’étais pas très emballé.

Surtout que c’était l’histoire d’un petit humain, tout ce qu’il y a de plus chétif — rien à voir avec les héros nains de nos légendes —, qui devient un mage. Des humains, de la magie, le cocktail gagnant pour l’ennui, si vous voulez mon avis !

Mais Séri a tellement insisté que j’ai quand même fini par le lire ce bouquin. C’était comment déjà le titre ? Machin à l’école des sorciers

En gros, le jour de ses onze ans le gamin fait la connaissance d’un géant qui va l’emmener dans une école de magie. Il se rend alors compte qu’il peut voler sur un balai — ce qui est ridicule en fin de compte, c’est bien plus pratique de se déplacer sur un disque flottant pour garder ses mains libres —, il apprend à déverrouiller des serrures sans clefs — bien commode faut l’avouer, quand on ne sait jamais où on les a mises —, il obtient son premier artefact magique, une cape d’invisibilité — j’imagine même pas le prix d’un pareil objet ! —, et il découvre la bière ! Comme quoi, les humains ne sont pas tous irrécupérables.

Bon, ça casse pas trois tuiles sur mes panards, n’empêche que le nabot m’a donné le goût de la lecture. Moi qu’avais pas ouvert un bouquin des cinquante premières années de mon existence, j’ai dévoré les sept tomes en une semaine. Voir ce mioche ridicule aux prises avec un nécromancien de haut niveau, des dragons, des elfes réduits au rôle d’esclaves, m’a beaucoup distrait. Ma seule déception, c’est qu’il n’y avait pas de nains…

Imaginez que depuis que j’ai lu ce livre, ben j’en ai lu d’autres ! Grâce à ça d’ailleurs, je me suis surpris à feuilleter Le petit guide de survie de l’aventurier débutant qui rassemble une multitude de conseils pour qui tient à la vie. On trouve notamment les points faibles de monstres tels que les squelettes…

« Ah oui ! Un squelette est lié à la volonté de son créateur ! Donc si je neutralise l’un, je neutralise l’autre en même temps ! »

D’un violent coup de pied, j’écarte le tas d’os devant moi qui s’étale au sol. Puis, d’un moulinet du poignet j’en fais de même avec les trois suivants qui me serrent de près. Tandis qu’ils se relèvent avec difficulté, je rengaine mon épée, attrape ma fronde, une bille, et tire.

Le projectile file droit sur sa cible et l’atteint en plein milieu du front. Pris par surprise, le nécromant tombe à la renverse et perd toute concentration. Son sortilège pour animer les cadavres s’évanouit et mes osseux adversaires s’effondrent dans la poussière.

Ce petit mage n’était pas bien doué, mais sans lui, ma vie en aurait été changée.


Séraphine, magicienne lutine : Comment se faire des amis, par Dale Carnegie

(dont vous pourrez également trouver un résumé ici)

« J’ai toujours été une lutine solitaire. Enfant, mes jeux étaient emplis d’amis, mais tous imaginaires.

Les autres lutins de mon âge ne m’intéressaient pas, ils ne pensaient qu’à eux. Je n’avais pas non plus de temps à perdre à écouter leurs histoires banales.

Ce que je voulais moi, c’était devenir une magicienne talentueuse et reconnue dans le monde ; je n’avais pas besoin des autres. Enfin, tant que mon apprentissage se limitait à la lecture de sortilèges dans de vieux grimoires.

Sauf que je me suis rendu compte que pour progresser il me fallait partir à l’aventure. Ce qui impliquait d’intégrer un groupe et donc d’interagir avec des gens. Sans guerrier à mes côtés, impossible d’affronter les monstres enragés. Sans voleur, pas moyen d’éviter les pièges. Sans prêtre, comment soigner nos multiples et inéluctables blessures ? Mes connaissances, pour l’heure très théoriques de l’occultisme, me permettraient probablement d’écarter quelques dangers, mais à plusieurs les chances de survie seraient nettement plus élevées.

Je me suis alors lancée dans la lecture de ce livre, Comment se faire des amis.

D’ordinaire, déchiffrer même le plus complexe grimoires de sorts représentait une bagatelle. Donc c’est tout naturellement que j’ai pensé que ce serait un jeu d’enfant. Mais dès les premières pages j’ai senti que la tâche allait se révéler ardue.

Une fois l’ouvrage achevé de lire, je suis allée mettre en pratique les différentes astuces apprises. Je me suis rendue à la taverne la plus proche, attendant la venue d’un groupe d’aventuriers.

Ça n’a pas été une mince affaire. Le premier sur qui j’ai testé ma nouvelle compétence s’est trouvé être un nain, ou ce que je prenais pour un nain ! J’avais plein de préjugés à leur égard — qui ne se sont pas tous révélés faux — qu’il a fallu mettre de côté.

Je me suis présentée à lui, chassant donc toutes mes pensées critiques, avec un large sourire qui se voulait naturel et vrai. Pas sûre que le résultat ait été satisfaisant…

Il était en train de boire une bière — autre chose aurait été étonnant — et là, catastrophe ! Il m’a dit son nom. Ses parents l’avaient affublé du prénom le plus long et compliqué que j’aie jamais entendu ! J’ai senti la panique monter en moi. Pourquoi ? Parce qu’il est écrit noir sur blanc dans le bouquin qu’il est nécessaire de retenir et utiliser le nom de ses cibles !

Sur tous les aventuriers qui parcourent cette terre, il avait fallu que je tombe sur un nain — qui n’en était pas tout à fait un — avec un prénom impossible à mémoriser ! J’ai dû faire appel à toute mon ingéniosité pour me sortir de ce pétrin : je lui ai trouvé un diminutif. À ses sourcils qui se sont froncés, j’en ai déduit qu’il n’appréciait pas mon initiative, mais il n’a rien dit. Enfin par la suite, à chaque fois que j’utilisais ce raccourci il me reprenait en répétant avec une pointe d’agacement son prénom. Mais rien n’y faisait, je n’ai jamais pu m’en souvenir. N’empêche que malgré ça, nous avons discuté un bon moment…

Qu’est-ce que c’était long !

Faire en sorte de s’intéresser à l’autre, écouter ce qu’il a à dire sans l’interrompre malgré toutes les âneries qu’il peut débiter. J’ai pris sur moi.

Après cette soirée, Jason l’elfe-nain et moi, sommes partis à l’aventure, et plus d’une fois. Maintenant, malgré deux caractères bien trempés, notre amitié est solide. »


Aétès, maître de donjon : The Practice of Management, par Peter Drucker

« Ce livre a été un véritable déclencheur pour moi.

Enfermé dans mon train-train quotidien, j’étais complètement passif de ma vie. Jusqu’au jour où j’ai eu un déclic : un mage s’est présenté dans ma petite boutique de potions. Il transpirait la réussite à tous les niveaux. Des vêtements richement décorés, une barbe taillée à la perfection, le regard hautain… Durant tout le temps de notre conversation, il n’a pas cessé de me prendre de haut. Cela m’a rendu furax ! Mais je me suis rendu compte que ça n’était pas son comportement condescendant qui me mettait en rage. C’était le fait qu’il avait de quoi l’être ! Je n’étais rien, et je ne faisais rien pour arranger les choses.

Cette rencontre a marqué un tournant dans mon existence, mais sans ce livre pour m’aiguiller, jamais je n’aurais passé le pas.

J’avais toujours eu beaucoup d’ambition, des idées de commerces qui devaient me conduire au succès. Hélas, il ne s’agissait que de pensées, rien de tangible.

Cette lecture m’a donné une méthode pour avancer de manière efficace. Elle m’a fait comprendre que pour concrétiser mon rêve qui était de devenir riche et célèbre, je devais me fixer des sous-objectifs, mais pas n’importe comment. Ils devaient posséder certaines caractéristiques : être simples, mesurables, atteignables, réalistes, et avec une date butoir. Sans ces éléments, le découragement était assuré et mon projet serait demeuré, comme les précédents, une pure fiction.

Je ne vous raconte pas l’état du bouquin une fois ma lecture achevée : il était annoté dans tous les sens ! Et ma boutique : j’avais déplacé l’une de mes bibliothèques pour me libérer un pan de mur, où j’y ai cloué toutes mes idées sur des bouts de papier. Lorsque ce travail préparatoire a été terminé, j’ai pu dégager un plan clair des actions à mener.

Ma première ambition a été de construire un donjon. Pour cela, j’avais listé un certain nombre de tâches telles que : trouver un local pour mon activité, recruter des guerriers et acquérir des monstres pour distraire les visiteurs, installer des pièges, dénicher des trésors à entreposer pour appâter les aventuriers, communiquer…

Chaque opération était définie de façon claire et précise : je savais avec exactitude quelles dimensions devait posséder mon bâtiment, quels monstres je voulais y intégrer et combien j’en voulais, etc. Je m’étais également fixé une date limite pour me stimuler et me pousser à passer à l’acte.

Poser ces jalons m’a permis d’avancer pas à pas, avec méthode. Chaque étape validée, au-delà de représenter un succès, me rapprochait un peu plus de mon objectif avec une motivation renouvelée.

Aujourd’hui, j’ai délaissé mon magasin miteux. Mon donjon accueille des centaines de groupes d’aventuriers chaque année, je vais bientôt ouvrir une boutique de potions et une armurerie juste à l’entrée, et je peux me targuer de ma réussite. »

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